L’un des musées principaux de Madrid est le Musée du Prado. Il forme, avec les voisins Centro de Arte Reina Sofía et le Musée Thyssen-Bornemisza, le Triangle d’or de l’art de Madrid (Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2021). En même temps, le Paseo del Prado, avec le Parc du Retiro et le Quartier des Jerónimos qui les comprend, est un paysage culturel inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui, à l’occasion de cette reconnaissance, a été baptisé ‘‘Paisaje de la Luz’’.
- L’origine de la collection du Prado
- Œuvres du Musée du Prado
- Fra Angelico – Annonciation (1425-1428)
- Botticelli – Scènes de Nastagio degli Onesti (1483)
- Titien – Le culte de Vénus (1518-1519)
- Titien – Vénus et Adonis (1554)
- Caravage – David vainqueur de Goliath (vers 1600)
- El Greco – L’adoration des bergers (1612-1614)
- Rubens – Les trois Grâces (1630-1635)
- Vélasquez – Les Ménines (1656)
- Goya – La Maja nue et la Maja vêtue (1800-1808)
- Goya – Le Second Mai (1814)
- Horaires du Musée du Prado
- Billets Musée du Prado
Le patrimoine du Prado compte plus de 21 000 œuvres, entre peintures, dessins, estampes et sculptures. Environ 1 300, majoritairement des peintures, sont actuellement exposées. Pour éviter littéralement une overdose d’art, cet article propose une visite à travers dix chefs-d’œuvre exposés, afin de saisir l’essence de la collection et de s’assurer de ne pas manquer les œuvres les plus significatives. Vous pourrez également trouver sur FullTravel quelques conseils sur comment se déplacer à Madrid à moindre coût et comment visiter la capitale espagnole en deux jours.
L’origine de la collection du Prado
L’édifice qui abrite le Musée du Prado date de 1785 et était à l’origine destiné à la collection d’histoire naturelle. En 1819, sur l’initiative du roi Ferdinand VII et de son épouse Isabelle de Bragance, il fut transformé en musée de peinture et sculpture. Le noyau originel de la collection était la riche collection d’art appartenant à la maison royale, alors composée de 1 510 œuvres.
Le choix de Ferdinand VII s’inscrit dans le contexte d’autres États à la même époque (par exemple en France avec la création du Louvre) : ouvrir les collections royales au public signifiait partager avec le peuple, pour des raisons d’étude ou simplement de plaisir, un immense patrimoine culturel. Dans le cas spécifique du Prado, la maison royale voulait aussi démontrer au monde la valeur des artistes espagnols, généralement moins connus que d’autres artistes européens.
Quelques Maîtres, comme Vélasquez, Titien, Rubens et Goya, sont présents avec un nombre significatif d’œuvres, car ils ont travaillé directement avec la cour espagnole. La collection d’œuvres de Goya au Prado, en particulier, est la plus importante au monde, en quantité et qualité. Les peintures d’autres artistes, surtout italiens et flamands, ont été collectionnées par les membres de la famille royale au fil des siècles. Un cas à part est celui d’El Greco, qui, bien qu’il n’ait pas été particulièrement soutenu par la cour, est justement présent avec un nombre significatif d’œuvres, compte tenu de son importance dans le paysage culturel espagnol.
Œuvres du Musée du Prado
L’Annonciation était la scène centrale d’une œuvre d’autel du Couvent de Saint Dominique à Fiesole, où Fra Angelico servait comme frère et pour laquelle le peintre avait aussi réalisé d’autres œuvres.
Le tableau est divisé en deux parties : à gauche se trouve la chasse d’Adam et Ève du paradis terrestre, tandis qu’à droite l’ange annonce la bonne nouvelle à Marie qui, en même temps, est frappée par la lumière divine. La narration représente le passage du péché à la rédemption, Adam et Ève étant destinés à la damnation éternelle, dont la seule voie de salut est la naissance du Christ, rendue possible par Marie. Les deux moments sont bien distincts grâce aussi à l’environnement très différent. Le jardin d’Eden est luxuriant et peint avec un grand souci du détail. Y ressortent un palmier et les roses rouges, symboles respectifs du martyre et de la Passion. Marie est placée dans un espace architectural, un portique de la Renaissance qui est aussi l’élément de perspective de la composition.

Les trois panneaux exposés au Prado font partie d’un cycle de quatre peintures commandées à Botticelli comme cadeau de mariage pour les époux florentins Giannozzo Pucci et Lucrezia Bini. L’histoire de Nastagio degli Onesti est racontée dans le Décaméron de Boccace et a été choisie pour caractériser ce cadeau de mariage car c’est une histoire d’amour avec une fin heureuse. Nastagio est en effet rejeté par la femme qu’il aime et s’enfuit dans la forêt près de Ravenne où il assiste à la pénitence infernale infligée à une autre femme qui avait rejeté son amoureux. Comme cette scène cruelle se répète chaque vendredi, Nastagio décide d’inviter à dîner dans la forêt la femme qui l’avait rejeté ainsi que sa famille. Lorsque les invités voient devant eux la femme poursuivie et déchiquetée par des chiens féroces, la jeune fille qui avait rejeté Nastagio change d’avis et accepte le mariage. Le panneau manquant, conservé dans une collection privée, représente le banquet nuptial du couple.
Cette œuvre est attribuée à Botticelli, mais les chercheurs s’accordent à dire que le Maître a conçu la narration du cycle et peint certains personnages, mais s’est appuyé sur la collaboration de deux autres artistes pour l’exécution globale.

Ce tableau avait été commandé par Alfonso d’Este, duc de Ferrare, pour son Camerino d’Alabastro, une pièce privée qu’il voulait décorer avec des scènes mythologiques. Pour les peintures du Camerino, Alfonso d’Este fit appel aux meilleurs peintres de l’époque : Titien, Giovanni Bellini, Dosso Dossi, Michel-Ange (qui ne remit pas son travail) et Raphaël et Fra Bartolomeo, qui moururent avant d’achever leurs œuvres, ne laissant que des dessins. Titien, qui avait déjà peint pour ce même espace Bacchus et Ariane (conservé à la National Gallery de Londres) et Le Bacchanale des Andrii (exposé au Prado), devait développer cette œuvre à partir des dessins de Fra Bartolomeo.
Le sujet et la source furent choisis directement par Alfonso d’Este et s’inspirent d’une célébration annuelle durant laquelle on offrait des dons aux simulacres de Vénus. Par rapport au dessin de Fra Bartolomeo, Titien bouleverse la composition, plaçant la statue de Vénus à l’extrémité droite du tableau et dédicaçant tout l’espace central à la foule d’amours jouant, cueillant des pêches et s’enlaçant.
Outre les deux œuvres de Titien, on peut admirer au Prado Le Débarquement des Troyens aux îles Strophades de Dosso Dossi.

Vénus et Adonis était un sujet très populaire, dont le succès était dû principalement à la nudité de Vénus. En particulier Titien, choisissant de façon inhabituelle de peindre la déesse avec les fesses écrasées par la position assise, ajoute une charge érotique supplémentaire à l’image.
Titien peignit environ trente versions de Vénus et Adonis. Celle conservée au Prado est la plus ancienne des versions survivantes. Elle fut commandée par Philippe II et livrée à Londres en 1554. La correspondance entre le peintre et le souverain révèle que Titien voulait que ce tableau soit exposé à côté de Danaé, dans lequel Vénus nue apparaissait en face. Ainsi, l’artiste voulait démontrer comment la peinture, comme la sculpture, est capable d’explorer différents points de vue.
Le mythe représenté ne correspond pas exactement à la version d’Ovide. Ainsi, comme dans d’autres œuvres, Titien effectue un travail exceptionnel d’intégration et d’adaptation des sources classiques.

L’œuvre représente l’épisode biblique célèbre du jeune David qui vainc le géant Goliath en le frappant d’abord avec une pierre lancée avec une fronde puis en le décapitant. Caravage était le maître de la lumière et du clair-obscur et cette œuvre est une démonstration de cette remarquable habileté. La lumière saisit le geste physique du combat, illuminant le bras musclé et la jambe du héros ainsi que les épaules de Goliath, sur le point d’être décapité. Le geste de tirer les cheveux pour montrer le visage de Goliath n’est pas attesté dans la Bible, mais a été introduit par le peintre à des fins narratives.

Ce tableau est considéré comme la dernière œuvre d’El Greco. Il l’a peinte pour être placée sur sa tombe au couvent de Santo Domingo el Antiguo à Tolède. Ainsi, parmi les bergers apparaissent aussi l’autoportrait du peintre et son fils Jorge Manuel.
Le sujet choisi était considéré comme une métaphore de résurrection et d’éternité. Les formes des figures sont déformées, une caractéristique commune aux œuvres tardives d’El Greco. Les contrastes entre lumière et ombres sont particulièrement accentués pour augmenter le sens du dramatique. La principale source de lumière est l’Enfant Jésus, avec des significations symboliques évidentes.
En raison de son style tourmenté et fortement influencé par les thèmes religieux, El Greco n’a été apprécié qu’un long moment après sa mort. Il est à juste titre considéré comme un précurseur de l’expressionnisme.

Le Musée du Prado possède environ quatre-vingt-dix peintures de Rubens. L’artiste était en effet très apprécié du roi Philippe IV qui lui commanda de nombreux travaux pour embellir les résidences royales madrilènes.
Le célèbre tableau des Trois Grâces resta cependant propriété de l’artiste et ne fut acheté par le souverain qu’après sa mort. La légende raconte que les Grâces faisaient partie de l’entourage d’Aphrodite et représentaient les valeurs de l’amour, de la beauté et de la sensualité. C’est probablement pour cette raison que Rubens peignit l’œuvre pour son usage personnel, afin de célébrer les joies de sa nouvelle vie après son second mariage.

Vélasquez fut le portraitiste de la cour d’Espagne pendant près de quarante ans, sous Philippe IV. Les Ménines représentent le point culminant de cette carrière, tant sur le plan technique que conceptuel.
La scène se déroule dans une pièce de l’Alcazar et représente l’infante Marguerite entourée de son entourage de dames d’honneur et de serviteurs. Sur le côté apparaît Vélasquez, occupé à peindre. Le miroir, quant à lui, reflète l’image des parents de Marguerite, Philippe IV et Marie-Anne d’Autriche.
La complexité de la composition la rend particulièrement énigmatique. L’interprétation la plus souvent admise est que Vélasquez a voulu représenter, à travers le genre qui l’a rendu célèbre (le portrait), son statut professionnel. Les peintres étaient en effet considérés en Espagne plutôt comme des artisans que comme des artistes, mais Vélasquez avait réussi à se tailler une place importante à la cour, devenant aussi conservateur de la collection royale de peinture. C’est pourquoi il se représente symboliquement, dans le seul autoportrait connu, à l’intérieur de l’Alcazar, entouré par la famille royale, démontrant ainsi le point culminant de sa carrière.
L’usage de l’image reflétée dans le miroir n’est pas nouveau chez le peintre, il suffit de penser au visage célèbre de la Vénus Rokeby. Mais ici, il pourrait aussi y avoir une référence à un thème très actuel à cette époque : celui de l’illusion, porté à l’attention du public par Don Quichotte de Cervantes.

L’histoire de ces deux tableaux, généralement exposés côte à côte, est assez controversée. Les deux appartenaient à Manuel de Godoy, secrétaire d’État espagnol à la fin du XVIIIe siècle. La Maja nue est attestée dans un inventaire de 1800 et était conservée dans une pièce privée de la résidence de Godoy avec d’autres peintures de nus, dont la célèbre Vénus Rokeby de Vélasquez, aujourd’hui exposée à la National Gallery de Londres.
La Maja vêtue a été peinte quelques années plus tard, peut-être pour remédier à une enquête de l’Inquisition qui, ayant découvert la version dénudée, mit Godoy et Goya en procès. Heureusement, il n’y eut pas de graves conséquences, car à cette époque le tribunal de l’Inquisition avait substantiellement perdu son pouvoir. Les tableaux furent confisqués et Goya s’en tira en disant s’être inspiré des nus mythologiques de Titien et de la Vénus Rokeby.
En réalité, la Maja n’est pas un personnage mythologique, mais un personnage du peuple, comme le démontrent aussi les vêtements simples de la deuxième version. Il s’agit probablement du portrait d’une favorite de Manuel de Godoy.


Le célèbre tableau de Goya, également connu sous le nom du 3 mai 1808, a changé la perception de la guerre dans l’art. Il représente l’exécution de quelques personnages du peuple qui avaient adhéré à la résistance espagnole contre les troupes napoléoniennes. Se distingue donc l’opposition entre le peloton d’exécution, aligné avec ordre, dont on ne voit pas les visages, et la masse désordonnée des victimes. À gauche, gisent les corps des personnes déjà exécutées (l’un d’eux montre aussi la marque du coup de grâce sur le front). Au centre, se trouvent ceux qui vont être fusillés, parmi lesquels se démarque le personnage aux bras écartés, en signe de reddition. Enfin, à droite, une autre masse indistincte de personnes attend son tour pour être exécutée.
Par le passé, la guerre était toujours représentée avec une aura épique. Malgré la présence de représentations cruelles des victimes, les artistes avaient tendance à utiliser le style de la grande peinture historique. Dans Le Second Mai de Goya, il n’y a rien d’héroïque ni de glorieux. Les victimes sont des gens ordinaires, il y a une atmosphère de pure désespoir et la fusillade est une action mécanique et répétitive.
Cette œuvre de Goya, par sa narration innovante, a influencé certaines peintures ultérieures, entre autres L’Exécution de l’empereur Maximilien de Manet et Guernica et Le Massacre en Corée de Picasso.

Horaires du Musée du Prado
- Horaires réguliers :
Du lundi au samedi – de 10h00 à 20h00
Dimanches et jours fériés – de 10h00 à 19h00
Remarque : Le Musée du Prado est fermé le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre. - Horaires limités : Le 6 janvier, le 24 décembre et le 31 décembre, le Musée du Prado sera ouvert de 10h à 14h
- Entrée gratuite : Les visiteurs peuvent bénéficier de l’accès gratuit au Musée du Prado ces jours-ci :
Du lundi au samedi – de 18h00 à 20h00
Dimanches et jours fériés – de 17h00 à 19h00
Accès au musée jusqu’à 45 minutes avant l’heure de fermeture.
Billets Musée du Prado

