La ville de Ravenne, en Émilie-Romagne, cache un trésor : il s’agit de huit monuments religieux des Ve et VIe siècles ap. J.-C., inscrits par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial non seulement pour leur raffinement artistique, mais surtout parce qu’ils représentent l’histoire de la ville à cette époque.
- Lieux d’intérêt de Ravenne : monuments principaux
- Ravenne, capitale de l’empire romain d’Occident
- 1 Mausolée de Galla Placidia
- 2 Baptistère Néo
- Ravenne, capitale ostrogothe
- 3 Chapelle arquépiscopale
- 4 Saint-Apollinaire Nouveau
- 5 Baptistère des Ariens
- 6 Mausolée de Théodoric
- Ravenne, capitale byzantine
- 7 Église Saint-Vital
- 8 Église Saint-Apollinaire in Classe
- Autres monuments et musées à ne pas manquer à Ravenne
- 9 Palais de Théodoric
- 10 Centre dantesque des Frères Mineurs Conventuels
- 11 Musée dantesque
- 12 Musée national de Ravenne
- 13 Musée national des activités sous-marines
- Autres musées de Ravenne recommandés
En l’espace de cent cinquante ans, en effet, Ravenne sera capitale de l’empire romain d’Occident, capitale des Ostrogoths et capitale de l’empire byzantin en Europe. Chaque période historique a donné naissance à des monuments magnifiques et symboliques des messages politiques et religieux contemporains, racontés principalement à travers un usage magistral de l’art mosaïque qui impressionna Carl Jung et inspira Gustav Klimt.
Lieux d’intérêt de Ravenne : monuments principaux
Ravenne, capitale de l’empire romain d’Occident
En 402, l’empereur Honorius décida de transférer la résidence impériale de Milan, trop exposée au danger des invasions des Wisigoths d’Alaric, à Ravenne, qui devint ainsi, de fait, la capitale de l’empire romain d’Occident. La ville connut alors une expansion notable, son aspect provincial changea radicalement et son évêque devint métropolitain. De cette époque datent le Mausolée de Galla Placidia et le Baptistère Néo.
1 Mausolée de Galla Placidia
Le Mausolée de Galla Placidia était un monument funéraire impérial, probablement construit pour enterrer Galla Placidia, fille de Théodose et régente de l’empire d’Occident pour son fils Valentinien III. Comme dans tous les monuments paléochrétiens de Ravenne, l’extérieur très simple en brique nue contraste avec la splendeur et la richesse de la décoration mosaïque intérieure dont les sujets développent, sur plusieurs niveaux interprétatifs, le thème de la victoire de la vie éternelle sur la mort. La couleur dominante est le bleu, qui sert de fond au ciel étoilé de la coupole et aux décorations florales qui encadrent les lunettes. Dans l’une d’elles, on trouve la représentation du Bon Pasteur, sujet très répandu dans l’art populaire des catacombes mais ici dans une des premières représentations monumentales. Le Bon Pasteur porte des vêtements impériaux, pour souligner la similitude entre le souverain et Dieu.

2 Baptistère Néo
Les mosaïques du Baptistère Néo sont un hymne à la vie, avec le Baptême du Christ comme scène principale. Ici, la maîtrise du tessellaire permet même de rendre la transparence de l’eau du Jourdain.

Ravenne, capitale ostrogothe
À Ravenne, en 476, le roi des Hérules, Odoacre, déposa l’empereur Romulus Augustulus. Cette date marque conventionnellement la fin de l’empire romain d’Occident et le début du Moyen Âge. En 488, le roi des Ostrogoths, Théodoric, fut chargé par Zénon, empereur romain d’Orient, de déloger Odoacre. Après un long siège de Ravenne, Théodoric en sortit vainqueur en 493 et la ville devint alors capitale ostrogothe. Sur le plan religieux, Théodoric était adepte de l’arianisme, doctrine condamnée lors du Concile de Nicée, qui soutenait l’infériorité substantielle de la nature divine du Christ par rapport à celle de Dieu. Toutefois, il adopta une politique d’apaisement envers les chrétiens et les juifs.
3 Chapelle arquépiscopale
La Chapelle arquépiscopale, datant de 495, voulue par l’évêque Pierre II, est une célébration du christianisme orthodoxe. La mosaïque principale représente le Christ guerrier écrasant les bêtes de l’hérésie arienne : c’est un message clair contre l’idéologie religieuse de Théodoric, qui est néanmoins tolérée par le souverain.
4 Saint-Apollinaire Nouveau
À l’inverse, l’église de Domini Nostri Jesu Christi, rebaptisée Saint-Apollinaire Nouveau lorsque, au IXe siècle, y furent transférées les reliques de Saint Apollinaire depuis la basilique éponyme de Classe, naquit en tant qu’église palatine de Théodoric et fut donc consacrée à l’arianisme. Pour cette raison, avec la conquête byzantine ultérieure de Ravenne, elle fut reconsacrée au culte chrétien orthodoxe et les mosaïques de la bande inférieure des murs de la nef centrale furent modifiées de manière significative par l’évêque Agnello. Le sujet est constitué de deux processions, respectivement de Saints Martyrs et de Saintes Vierges. Leur style est propre à l’art byzantin : les figures sont répétitives et sans caractérisation individuelle, il manque la perspective et le plan d’appui, de sorte qu’elles semblent flotter sur un fond monochrome et plat. De part et d’autre des deux processions figurent certains éléments architecturaux qui situent géographiquement la composition : sur le côté gauche de la procession des Saintes Vierges est représenté le port de Classe, avec trois navires alignés verticalement pour donner un sens de perspective « vue d’oiseau ».

Sur le côté droit de la procession des Saints Martyrs, apparaît le palais de Théodoric dans lequel les figures qui devaient apparaître entre les arches du portique (sûrement le roi et sa cour) subissent une damnatio memoriae et sont remplacées par quelques tentes blanches.

5 Baptistère des Ariens
Le Baptistère des Ariens, de plan octogonal, s’oppose idéologiquement à celui du Néon, appelé aussi « des Orthodoxes ». C’est le seul baptistère connu en Italie construit exprès pour le culte arien. La surface de sa décoration mosaïque est plus réduite que celle du Baptistère Néon. Le sujet principal est le même (le Baptême du Christ), mais les figures y sont généralement plus aplaties et simplifiées. Le fond n’est plus bleu mais doré, selon une tendance visant à rendre les figures plus abstraites et symboliques, baignées dans une lumière surnaturelle. Identifier les éléments de l’arianisme dans le baptistère nécessite une grande capacité d’interprétation des symboles. Par exemple, dans la représentation de l’éthimasie, c’est-à-dire le trône vide que le Christ occupera le jour du jugement universel, ses insignes divines (alpha et oméga) ne sont pas présentes, mais un suaire, signe de sa nature humaine, conforme à la doctrine arienne. Le Baptistère des Ariens fut construit par le roi goth Théodoric (493-526) comme baptistère de l’ancienne Cathédrale arienne, aujourd’hui église du Saint-Esprit. Il fut ensuite réconcilié au culte orthodoxe à l’époque de l’archevêque Agnello, comme oratoire dédié à la Vierge Marie.
6 Mausolée de Théodoric
Le Mausolée de Théodoric est un unique par rapport aux autres monuments contemporains : il est en effet construit en pierre d’Aurisina au lieu de briques, en hommage au palais de Dioclétien à Split et ne présente pas de décorations mosaïques. La couverture est réalisée en un seul bloc de pierre de près de onze mètres de diamètre. À l’intérieur se trouve une vasque de porphyre rouge, initialement le sarcophage du souverain. Le Mausolée de Théodoric fut érigé vers 520 ap. J.-C., alors que le roi Théodoric était encore vivant, dans la nécropole gothique. La construction décagonale, en grands blocs taillés en pierre d’aurisina, comprend deux cellules superposées. L’ordre supérieur, en retrait, est clos par une corniche circulaire avec un frise décoratif. Le monument est surmonté d’un monolithe d’exceptionnelles dimensions, avec douze modillons à double pente.

Ravenne, capitale byzantine
Quand Justinien devint empereur d’Orient, il voulu reconquérir les terres d’Occident qui entre-temps étaient tombées aux mains des barbares, dont l’Italie ostrogothe. Il entreprit la guerre dite gréco-gothique qui, à la moitié du VIe siècle, lui assura le contrôle de la péninsule. Ravenne fut à nouveau capitale et pour renforcer le pouvoir de la ville, Justinien institua la fonction d’archevêque, confiant ce rôle à Maximien, son homme de confiance. Ravenne resta byzantine jusqu’en 751, date à laquelle elle fut conquise par les Lombards.
7 Église Saint-Vital
Maximien acheva l’église Saint-Vital, chef-d’œuvre de l’art paléochrétien ravennate. L’église est constituée de divers blocs géométriques juxtaposés (le corps central, l’abside et le tambour), particulièrement évidents lorsqu’on admire l’édifice de l’extérieur. L’intérieur, cependant, est surprenant : les masses paraissent légères avec l’ajout d’exèdres ouvertes par un grand nombre d’arcs, soutenus par des chapiteaux ajourés et des pulvins qui semblent littéralement suspendre les arcs dans l’air.

Les mosaïques, où la présence des fonds dorés domine, les stucs et les marbres créent des jeux de lumière qui allègent davantage l’espace, rendant la visite une expérience unique. Parmi les représentations mosaïques se distinguent celles de Justinien et de son épouse Théodora avec leurs cours respectives. Les figures sont représentées de face pour plus de hiératisme et les compositions suivent rigoureusement l’ordre hiérarchique des personnages. La position des souverains, leurs vêtements et les objets d’accompagnement soulignent la valeur théocratique de l’empire. On trouve des références au christianisme orthodoxe, en particulier à la réaffirmation de la Trinité : le ciel de l’Apocalypse, par exemple, avec ses vingt-sept étoiles (multiple de trois) est un symbole de la lutte contre les hérésies.

8 Église Saint-Apollinaire in Classe
À quelques kilomètres de Ravenne, se trouve Classe, ancien port de la ville et siège d’une flotte de la marine romaine. Le site abrite l’église Saint-Apollinaire in Classe, construite pour héberger les reliques d’Apollinaire, le premier évêque de Ravenne. La basilique Saint-Apollinaire in Classe fut consacrée par l’archevêque Maximien en 549 ap. J.-C. Elle présente une abside polygonale à l’extérieur et circulaire à l’intérieur avec sur les côtés prothesis et diaconicon, et une crypte alto-médiévale. Son intérieur élégant à trois nefs conduit naturellement le regard vers la mosaïque de l’abside, où le saint, en posture d’orant, est au centre d’un paysage bucolique.
Au-dessus de lui, la croix inscrite dans un ciel azuré est indiquée par la main de Dieu qui émerge des nuages : encore une fois, une affirmation de l’interprétation orthodoxe de la nature divine du Christ.

La riche décoration mosaïque comprend la représentation de Saint Apollinaire sur le fond d’un paysage verdoyant dans le cul-de-four absidal et les figures des quatre évêques ravennates dans les espaces entre les fenêtres (VIe siècle), tandis que dans le chœur sont représentés les sacrifices de l’Ancien Testament et la remise des privilèges à l’église de Ravenne (VIIe siècle).
Autres monuments et musées à ne pas manquer à Ravenne
9 Palais de Théodoric
Le Palais de Théodoric est une construction d’interprétation incertaine datant des VIIe ou VIIIe siècles ; l’opinion la plus répandue est que la ruine, constituée d’un corps avec une grande porte au-dessus de laquelle s’ouvre une large niche munie d’une bifore, correspond au narthex de l’église Saint-Sauveur ad Calchi (dont la dernière phase date du IXe-Xe siècle). Quoi qu’il en soit, la construction est située dans l’ancienne zone palatine, sur les restes du véritable palais de Théodoric et d’une construction précédente grandiose. Elle abrite actuellement, à l’intérieur et sous le portique, des fragments intéressants de mosaïque de sol découverts sur place (I-VII siècles ap. J.-C.).
10 Centre dantesque des Frères Mineurs Conventuels
Située dans l’ex-convent de Saint-François avec le Musée Dantesque, la collection, ouverte pour la première fois au public en 1990 après les grands travaux de restauration des cloîtres franciscains, expose une sélection des plus de 500 bronzetti et des plus de 2000 médailles et pièces représentant Dante ou des thèmes dantesques ; une section est dédiée aux illustrations dantesques et comprend des éditions illustrées, recueils graphiques sans texte, tableaux à l’huile et à la tempera. De particularité notable, la plus grande édition et la plus petite de la Divine Comédie et la microcalligraphique de G. Cossovel (1888).
Le second cloître, dit « Cassa », est un lieu d’exposition de la Biennale internationale de la médaille, de la petite sculpture dantesque et des expositions d’art dédiées à Dante organisées par le Centre Dantesque. Dans la grande salle entre les deux cloîtres au premier étage du complexe minoritaire se trouve la bibliothèque du Centre qui, fondée en 1964 par père Severino Ragazzini, conserve environ onze mille volumes, manuscrits, incunables, éditions du XVIe siècle, et traductions de l’œuvre dantesque.
11 Musée dantesque
Le musée dantesque est situé dans l’ex-convent de Saint-François, au premier étage du cloître baroque dit « de Dante », près de la tombe du Poète, décorée d’un bas-relief de Pietro Lombardo en 1483, et reconstruite en 1780 par Camillo Morigia. Il est divisé en deux sections curées respectivement par l’Œuvre de Dante de la commune de Ravenne et par le Centre Dantesque des Frères Mineurs Conventuels. La première, inaugurée en 1921 à l’initiative du Comité pour les célébrations du sixième centenaire de la mort de Dante coordonné par Corrado Ricci, rassemble les hommages reçus en 1908 et 1921, lorsque l’entreprise dannunzienne de Fiume avait fait de Dante le symbole de l’irrédentisme, la boîte qui avait contenu les os du Poète, ainsi que les projets récompensés lors du concours organisé par le Ministère de l’Éducation nationale en 1921 pour la décoration intérieure de la Basilique Saint-François adjacente.

12 Musée national de Ravenne
Le Musée national de Ravenne, institué en 1885, est hébergé depuis le début du XXe siècle dans l’illustre bâtiment de l’ancien monastère bénédictin de Saint-Vital. Le noyau primitif du patrimoine muséal est constitué par les collections formées au XVIIIe siècle par les moines camaldules de Classe, ensuite enrichies par des dons, acquisitions, découvertes et fouilles. Actuellement, le musée se présente comme un ensemble de collections hétérogènes, regroupées en trois groupes fondamentaux : lapidaire, trouvailles archéologiques et collections d’art. Le lapidaire, exposé principalement le long des deux cloîtres du monastère, comprend une intéressante collection d’épigraphes et de stèles funéraires ainsi que des fragments lapidaires d’époques romaine, paléochrétienne, byzantine, romane, gothique, renaissante et baroque. Aux étages supérieurs sont exposés des mosaïques et matériaux archéologiques, principalement du territoire de Classe, ainsi que des collections d’art dit mineur. Sont présents dans les collections bronzes et plaques, ivoires, icônes, armes et armures, céramiques. De plus, le musée abrite le cycle important des fresques du XIVe siècle détachées de l’ancienne église de Sainte-Claire à Ravenne, œuvre de Pietro da Rimini.
13 Musée national des activités sous-marines
Le Musée national des activités sous-marines a été inauguré à Marina di Ravenne par l’association « The Historical Diving Society, Italia », dans des locaux fournis par l’administration municipale. Son objectif est de promouvoir l’étude de l’histoire des activités sous-marines notamment à travers la réalisation d’expositions temporaires, l’organisation de congrès et la publication de matériel de vulgarisation. Dans les différentes sections sont présentes des estampes des XVIIIe et XIXe siècles, des dioramas, une des premières chambres de décompression italiennes, du matériel de plongeur de travaux et de loisirs, des outils pour la photographie sous-marine. Une zone est consacrée à la marine militaire et au moyen d’assaut sous-marin du dernier conflit mondial, connu sous le nom de « cochon ». On y conserve également le plâtre original de la statue immergée dans les eaux de Sainte-Fructueuse en Ligurie, représentant le Christ des Abysses, œuvre du sculpteur Guido Galletti.
Autres musées de Ravenne recommandés
- Ancien port de Classe, Ravenne
- Bibliothèque Classense, Ravenne
- Domus des tapis de pierre, Ravenne
- Maison des marionnettes, Ravenne
- Musée archiépiscopal de Ravenne
- Musée d’art de la ville, Ravenne
- Musée du Risorgimento de Ravenne
- Musée didactique du territoire, Ravenne
- Musée ravennate des sciences naturelles “Alfredo Brandolini”, Ravenne
- Petit musée de poupées et autres jouets, Ravenne
- Le Planétarium de Ravenne
- Théâtre Dante Alighieri, Ravenne
- Théâtre Luigi Rasi, Ravenne

