La nouvelle du premier spectacle donné à Brisighella remonte au 29 septembre 1593. Ce jour-là, les jeunes du village mirent en scène sur la place principale une Judith, œuvre d’un Brisighellais, que l’on peut seulement supposer tragique. On retrouve des informations certaines sur des spectacles à la fin du XVIIe siècle. Ici, comme dans d’autres centres, la jeunesse se réunit pendant le carnaval pour donner quelques représentations, avec l’aide pécuniaire du public. Le lieu préféré est la salle du Palais Public, « bienveillamment » accordée pour les mises en scène de drames et comédies. Cela continua ainsi jusqu’en 1824, quand fut décidée la démolition de l’ancien palais. De San Giovanni in Persiceto fut appelé l’ingénieur Mollari pour s’occuper du nouveau bâtiment, à l’intérieur duquel devait être laissé un espace approprié pour les spectacles nocturnes. La conception du Théâtre Communal fut confiée à l’ingénieur de la commune même, Giuseppe Mascolini ; l’expertise des travaux, examinée par le cardinal légat, fut approuvée le 28 janvier 1829. Sur ordre du prieur Giulio Metalli, la construction fut menée en secret, afin d’apaiser les « vaines bavardages » et les polémiques de ceux qui auraient voulu utiliser cet espace pour construire une chapelle. Depuis longtemps, la majorité des habitants de Brisighella désirait un théâtre et leur envie de profiter des spectacles publics était encore plus ardente : à tel point que l’administration fut obligée de le prêter à quelques compagnies itinérantes, alors que le théâtre était encore à l’état brut. Pour des raisons financières, ce fut en effet la dernière partie du Palais Public à être construite (cf. Metalli 1869, p. 136, v. VI). Les travaux de scénographie et de « machinerie » furent l’œuvre de Gaspare et Romolo Liverani, dont deux lettres sont conservées aux Archives Communales. Le bâtiment fut pratiquement terminé en 1832, bien que des dépenses supplémentaires furent faites en 1835 pour son achèvement définitif. L’inauguration fut néanmoins fixée au mois de septembre 1832, à l’occasion de la fête de la Bienheureuse Vierge du Monticino ; le pro-légat de Ravenne autorisa la dépense de trente écus pour les mises en place nécessaires. Metelli, dans son Histoire de Brisighella, affirme que « à cet effet fut amenée une compagnie d’habiles acteurs qui, sous la direction de Mascherpa, était au service de la Duchesse de Parme et Piacenza, laquelle y représenta plusieurs comédies de Goldoni et de Nota » (cit. p. 187, v. IV). Dans le nouveau théâtre resplendissant par ses illuminations, les auditeurs prirent beaucoup de plaisir à ces représentations. L’espace dont Maccolini disposait pour construire le théâtre était situé derrière la salle principale de la résidence municipale ; il avait un plan irrégulier, avec un côté plus large et un autre plus étroit qui se terminait par un demi-cercle en forme de chœur d’église. La forme qui pouvait le plus s’adapter, selon le concepteur, était celle dite en fer à cheval. Pour un théâtre devant servir à un village de deux mille personnes, Maccolini eut pour intention d’utiliser la restriction pour les loges et les couloirs, qui étaient l’usage de quelques-uns, au profit de la salle qui serait utilisée par tous. Conçu le projet, Maccolini, pour le débarrasser de quelques défauts, consulta même quelques maîtres illustres à Bologne, dont les noms restent inconnus. Actuellement, le théâtre présente une salle, au plan en fer à cheval, plutôt petite, et deux ordres de loges (vingt-quatre au total, plus la loge d’honneur) séparés par douze solides colonnes de style dorique qui soutiennent la galerie. La décoration est très simple : une série de médaillons orne les loges du second ordre ; une corniche en stuc doré court tout autour de la frise au-dessus des colonnes. L’arche de scène, tout aussi simple, porte des décorations florales et des médaillons en stuc doré. Au plafond en coupole est peinte une fausse perspective, constituée de douze fenêtres en arc, chacune avec un vase de fleurs au centre. Le théâtre est éclairé, outre par le lustre central, par une série d’appliques. Ces dernières années, le théâtre a été restauré à plusieurs reprises. Une première fois juste après la guerre, pour réparer les dommages causés par les événements militaires, et enfin dans les années soixante. Au cours de cette dernière restauration, le toit a été refait selon les technologies en vogue à l’époque (fibrociment et béton armé), avec la perte des anciennes charpentes en bois. De plus, la voûte a été restaurée, décoration comprise. Par conséquent, ce que nous voyons aujourd’hui est une reprise de style classique conçue par le géomètre Casadio, qui dirigea les travaux à cette époque, et réalisée par le peintre local Tonino Del Re. L’intervention a aussi modernisé le revêtement du sol de la salle, tandis que les sorties de secours ont été aménagées avec deux portes donnant sur le dessous de scène. Autrefois, l’activité théâtrale fut très vive et intense, alors qu’actuellement, seuls des événements culturels sont parfois organisés, car toute la structure nécessite les interventions appropriées pour la mise aux normes. (Lidia Bortolotti)
Informations sur le Théâtre Maria Pedrini
Via Naldi, 2,
48013 Brisighella (Ravenne)
Source : MIBACT

