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Lausanne, Musée de l’Art Brut

Grâce au changement culturel radical survenu ces dernières décennies, nous avons aujourd’hui les outils pour recevoir et comprendre l’énorme quantité de messages contenus dans les œuvres de la soi-disant “Art Brut”, l’art brut, “outsider art”.

Massimo Vicinanza
5 Min Read

Ce que certains appellent méprisamment “art psychopathologique” n’est en réalité rien d’autre que la matérialisation de ces sentiments et sensations présents en chacun de nous, sans conditionnements culturels, sociaux ou religieux.
Dans un musée d’art brut, il y a une étrange et inquiétante familiarité avec les œuvres exposées. Il s’agit d’œuvres réalisées sans aucune connaissance technique et très souvent uniquement avec des matériaux de fortune. Les auteurs sont en majorité des personnes marginalisées, aliénées et psychotiques, mais il y a aussi des détenus, des individus généralement asociaux, des vagabonds. Tous ces personnages partagent une “folie lucide”, une agitation intérieure plus évidente ou plus cultivée que chez les autres.
Il ne faut pas confondre l’art brut avec l’art naïf. Ce dernier s’adresse à un marché, possède des techniques et des canons à suivre, tandis que l’art brut est fini en soi, c’est une sorte de journal intime, un monde absolument privé. L’approche des œuvres doit donc se faire avec humilité et sans jugement.

La grande créativité et l’imagination vigoureuse de ces artistes provoquent une rupture violente avec la réalité quotidienne, traduisant en termes concrets le côté “positif” du mot “folie”. Un terme à double signification : constructif et créatif ou potentiellement dangereux pour la collectivité, non seulement physiquement mais surtout moralement. Selon la culture occidentale, la seule folie acceptable et justifiée est celle que l’on rencontre dans le monde de l’art. Mais ici, nous sommes au-delà de la folie. L’art brut sort de toute norme et est naturellement accueilli avec avidité par les psychothérapeutes et psychiatres, qui y voient de grandes possibilités de recherche.
L’art pour le business ou l’art pour l’art ?

Le créateur du Musée de l’Art Brut est le Français Jean Dubuffet. Un jour, il se posa la question : que dois-je attendre de l’art ? Peut-être seulement la beauté esthétique ? Ou des objets destinés à la décoration ? Mais il se convainquit vite que son voyage serait “beaucoup plus long et aventureux”, à la recherche d’une rupture profonde avec les normes établissant les canons artistiques et contraignant aux seules procédures officiellement reconnues. Les fruits de cette recherche, qui dura toute une vie, ont été rassemblés dans un musée très spécial, la Collection de l’Art Brut de Lausanne en Suisse.
L’Art Brut est un musée unique en son genre qui rassemble des œuvres d’artistes du monde entier, unis par les “non-normes” propres à ce genre d’art. C’est précisément en Suisse que Dubuffet commença, en 1945, la recherche et la collecte de “productions d’art extra-culturelles”. Au fil des ans, il réussit à rassembler plus de 1200 œuvres réalisées par des artistes de nationalités différentes, dont une partie fut exposée en 1967 au musée des Arts Décoratifs de Paris. En 1976, la collection fut transférée de France en Suisse et la Collection de l’Art Brut de Lausanne fut inaugurée.
Deux représentants de la Botte
Parmi les œuvres de la collection figurent les sculptures de Filippo Bentivegna, né en 1885 à Sciacca en Sicile. Un personnage très original, radiesthésiste, émigré pendant 20 ans aux États-Unis et amoureux du bois, surtout le bois noueux dont il tirait des sculptures de figures équivoques avec des métamorphoses inattendues. Et puis il y a les œuvres de Carlo, né en 1916, originaire de S. Giovanni Lupatolo, un petit village de la province de Vérone. Depuis 1957, Carlo consacre tout son temps au dessin. Homme solitaire avec un chien pour compagnon, il fut enrôlé et envoyé au front, d’où il revint choqué. Avec le temps, son état s’aggrava et, sujet à des visions et des manies de persécution, il fut interné à l’hôpital psychiatrique de Vérone.
Aujourd’hui, Filippo et Carlo sont respectés et admirés. Au musée de l’Art Brut de Lausanne.

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