Fête des lis à Nola, obélisques portés à l'épaule par les membres des paranze ⋆ FullTravel.it

Fête des lis à Nola, obélisques portés à l’épaule par les membres des paranze

Lors de la fête du Lis du 4 juillet, à Nola, huit obélisques, machines scénographiques très complexes, sont portés à l’épaule par les 120 membres des “paranze” de Nola.

Massimo Vicinanza
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Certains historiens soutiennent que l’origine de la structure remonte à de anciens rituels arboricoles dans lesquels le majio, l’arbre le plus grand, était pris comme symbole de fertilité. À la différence que l’on tournait autour du majio et qu’on se déplaçait, tandis que le lis, lui, est dynamique et est déplacé parmi les gens. Sa signification symbolique est aussi différente de celles des fêtes anciennes caractérisées par le culte phallique. Le lis est en effet plus proche de la religion et de la dévotion pour le Saint patron que d’une demande de prospérité.
Mais il existe aussi l’hypothèse qui voit les lis comme une évolution exacerbée des “cataletti”, les litières en bois avec lesquelles les fidèles transportaient les grands cierges allumés en l’honneur du Saint patron. Les bougies en dialecte s’appelaient “cilii”, d’où le terme lis.
Au fil des siècles, les dimensions des cataletti sont devenues de plus en plus grandes, la forme carrée est devenue pyramidale, avec plusieurs étages superposés, et à la place des cierges sont apparues les premières décorations faites de fleurs et d’épis de blé.

Puis, au XVIIIe siècle, la compétition entre les différentes corporations d’artisans a commencé, les obélisques ont pris des hauteurs toujours plus grandes et les décorations sont devenues plus sophistiquées. Au XIXe siècle, les ornements avec des drapés et de la papier-mâché commencent, et les lis sont enrichis de motifs gothiques, baroques et rococo.
La construction des lis de Nola est très complexe et nécessite plusieurs mois de travail. On utilise essentiellement de l’épicéa, du peuplier ou du châtaignier bien séchés car chaque fois que le lis est frappé au sol, il doit émettre un son sec. Au travail se consacrent charpentiers, maîtres de hache, peintres, sculpteurs, et le dessin est désormais de plus en plus souvent l’oeuvre d’architectes. Tout d’abord, on réalise la structure centrale de la flèche, la « borda », introduite pour la première fois en 1887 pour donner plus de stabilité et d’élasticité au lis.

Cet long axe s’amincit vers le haut et est composé de l’union de quatre bois assemblés avec des boulons et des arrêts. Lorsque la borda est terminée, mais pas avant d’avoir fixé sur le bois l’image de Saint Paulin, elle est levée et appuyée contre un immeuble, et avec de longues cordes on la lie où l’on peut, pour qu’elle ne tombe pas. Si l’opération réussit, au milieu d’explosions de pétards et de mortiers, le « maestro de la fête », avec le chef de la paranza et tous les membres de la corporation, débouchent le champagne, trinquent et arrosent la perche pour porter chance. À ce moment-là, on prépare la base du lis, une structure carrée, haute de trois mètres et large de deux mètres et demi, avec des bois de vingt centimètres d’épaisseur. Au centre, perpendiculaire ou légèrement inclinée vers l’arrière, est positionnée la longue âme en bois autour de laquelle toute la machine scénographique sera construite. Ensuite, on monte les autres étages, en tout six pièces, qui se rétrécissent et deviennent plus bas à mesure que l’on monte en hauteur. Les mesures du lis sont prédéfinies et doivent être égales pour tous : “for’ ‘e carcere”, où se trouve l’actuelle prison mandamentale, un jury populaire a pour tâche de contrôler que chaque obélisque respecte les paramètres fixés, sous peine d’exclusion de la fête.

Lorsque toute la charpente est complète, on installe les barres de bois qui serviront à soulever la machine : huit “varre” fixes qui vont d’un côté à l’autre de la base, dans le sens de la longueur, et huit “varricelle” par côté, disposées dans le sens transversal, qui peuvent être retirées lorsqu’il faut traverser les ruelles les plus étroites. Autrefois, les “varre” étaient liées à la base avec des “muscielli”, des cordes très résistantes qui ont été presque entièrement remplacées par des bandes élastiques et d’autres matériaux plus modernes. Maintenant le lis est complet et “dénudé”, il pèse une vingtaine de quintaux et mesure vingt-cinq mètres de haut.

Pendant la procession, les lis sont accompagnés d’un bateau, lui aussi porté à l’épaule, qui constitue le cœur autour duquel toute la fête tourne. À bord se trouvent la statue de Saint Paulin et celle d’un Turc avec un sabre à la main. Cette année, pour la première fois, aucun comité n’a fait de demande pour le construire. La municipalité a donc demandé à la Pro Loco de le faire et a alloué une subvention de 35 000 euros. En attendant, l’Association Comté de Nola a proposé de constituer un comité permanent à qui confier cette tâche pour les années futures.
Le montage des huit lis se fait en différents points du centre historique de Nola, et une fois le travail achevé, les hommes des paranze, accompagnés par la fanfare, les déplacent à proximité des habitations des respectifs « maestros de la fête ». C’est la première validation officielle, et maintenant on peut enfin revêtir la charpente avec les œuvres en papier mâché réalisées par les maîtres “giglianti”. L’art de travailler le papier mâché s’est développé à Nola au début des années 1800 et, bien que l’on utilise désormais des produits sophistiqués tels que les polyuréthanes ou les résines époxy, le papier mâché reste le matériau privilégié pour réaliser ces machines scénographiques à l’esthétique toujours plus surprenante. La procédure pour construire les panneaux peut sembler simple en apparence, mais elle cache en réalité un art qui se transmet de génération en génération. Les artisans préparent d’abord divers croquis en plastique puis créent avec du plâtre les formes sur lesquelles sera modelé le papier mâché.

Après avoir vérifié que les emboîtements des pièces individuelles correspondent exactement, on passe à la peinture finale puis à l’assemblage sur le lis “dénudé” qui se fait en utilisant une poulie montée auparavant sur la cime. Une fois terminé, l’obélisque pèse plus de quarante quintaux, et les cent vingt “cullatori” de la paranza ont la lourde tâche de le porter à l’épaule le long des ruelles du centre historique de Nola pour finalement s’arrêter sur la place du Dôme. Tous les termes utilisés dans la fête proviennent des milieux du port de Naples, où autrefois les hommes étaient recrutés pour le transport des lis : le paranzaro était celui qui organisait le groupe de dockers pour décharger les navires, tandis que la “cullata” était le nom donné au mouvement oscillatoire des charges portées à l’épaule. Malheureusement, beaucoup de termes anciens disparaissent petit à petit car la fête des lis s’oriente de plus en plus vers la technologie et la compétition. Avant l’avènement des haut-parleurs, par exemple, il y avait un ordre que donnait le paranzaro pour lever et cogner la lourde structure au sol : …”uagliù…aizate ‘e spalle…cuonce cuonce …e ghiettele!” avec trois longues et lentes injonctions à prêter attention. Aujourd’hui, cette phrase ne se entend plus à Nola. Mais on peut l’écouter à Brooklyn, dans la communauté de Nolais émigrés aux États-Unis au début du siècle dernier, qui dans leurs valises emportèrent aussi un peu de leurs traditions. Comme la fête des lis qui se tient chaque année à Williamsburg.

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