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Villa Malaparte Capri, visite de la maison de Malaparte

Dans l’un des endroits les plus solitaires et inhospitaliers de l’île de Capri, à quelques pas des célèbres Faraglioni, il y a une surprenante construction de couleur rouge pompéien considérée par tous comme un chef-d’œuvre du Rationalisme italien. C’est la maison de Curzio Malaparte.

Capri
Massimo Vicinanza
13 Min Read

L’écrivain Curzio Malaparte a voulu construire la Villa Malaparte à Capri, à Capo Massullo, entre le bleu de la mer et le vert du maquis méditerranéen.

Villa Malaparte Capri

Il y avait à Capri, dans la partie la plus sauvage, la plus solitaire, la plus dramatique, dans cette partie entièrement tournée vers le sud et l’est, où l’île devient féroce de l’humain, où la nature s’exprime avec une force incomparable et cruelle, un promontoire d’une pureté de lignes extraordinaire, aventuré en mer comme une griffe de roche“, écrivait-il. Puis : “aucun endroit, en Italie, n’a une telle étendue d’horizon, une telle profondeur de sentiment. C’est un lieu, certes, seulement adapté aux hommes forts, aux esprits libres“.

Curzio Malaparte

Irrévérencieux, imprévisible et contradictoire, Curzio Malaparte fut fasciste et maoïste, athée de son vivant et chrétien sur son lit de mort, correspondant de guerre, diplomate, réalisateur et poète, éditeur et directeur de journal. Et surtout un écrivain d’une lucidité pénétrante. Cette vie à la fois extraordinaire et ambiguë a fait de l’auteur de Kaputt l’un des personnages les plus controversés du XXe siècle. Les intellectuels l’ont aimé et exécré. Antonio Gramsci dans ses Cahiers de prison le qualifie d’”un homme d’une vanité démesurée et d’un snobisme caméléon, capable, pour la gloire, de toute infamie”. Pour l’éditeur Piero Godetti, il fut “l’une des plus belles signatures du fascisme”.

Quoi qu’il en soit, Curzio Malaparte a été un grand protagoniste de la culture internationale.
En 1925, après avoir lu un pamphlet de 1869 intitulé “Les Malaparte et les Bonaparte”, le jeune écrivain Kurt Erich Suckert, fils d’un teinturier saxon installé en Toscane, décida de changer de nom. Il hésitait entre Curzio Farnese, Curzio Borgia, Curzio Lambert ou Curzio Malaparte. Il choisit ce dernier car il le trouvait plus attractif que les autres, et quand Mussolini lui demanda pourquoi ce nom, il répondit : “J’ai choisi Malaparte parce que Bonaparte a fini mal, moi j’irai certainement mieux.” L’écrivain était convaincu que ce nouveau pseudonyme aurait un grand effet sur ses lecteurs. Effectivement, grâce à son talent autant qu’à sa nouvelle identité, la renommée ne tarda pas à arriver.

Bien qu’il fût parmi les fondateurs du Parti fasciste, Curzio Malaparte était un fasciste atypique. D’un côté, il considérait Mussolini comme le meilleur élève de Lénine et de Trotski, et de l’autre, avec l’essai “Technique d’un coup d’état” imprimé à Paris en 1931, il dénonça la tyrannie d’Hitler. Suite à une série de lettres diffamatoires envoyées à Italo Balbo, le Duce le sanctionna et l’exclut du Parti en le condamnant à cinq ans de confinement sur l’île de Lipari. L’accusation était double : propagande antifasciste à l’étranger pour le livre publié en France et diffamation d’un ministre en fonction à travers les lettres à Balbo. Après sept mois d’exil à Lipari, l’écrivain fut transféré à Ischia pour raisons de santé, puis, grâce à son amitié avec le comte Galeazzo Ciano, gendre de Mussolini, il obtint une réduction de peine et un transfert à Forte dei Marmi, où il purgea sa condamnation.
Pendant une période de recherche surréaliste, Malaparte raconte ses métamorphoses intérieures et, dans ses livres, il se transforme en femme, en chien, en arbre, en saint. Puis, avec l’article “Ville comme moi” publié le 14 février 1937, l’écrivain exprime son désir de devenir un bâtiment. Il veut se transformer en volets, escaliers, enduits.

Maison Malaparte Capri

La renommée littéraire ne lui suffit plus et il écrit : “Je voudrais la construire toute de mes mains, pierre par pierre, brique par brique, la ville de mon cœur. Je serais architecte, maçon, manœuvre, menuisier, stucateur, je ferais tous les métiers pour que la ville soit mienne, vraiment mienne, des caves aux toits, mienne comme je la voudrais. Une ville qui me ressemble, qui soit mon portrait et en même temps ma biographie…Et que tous, en y entrant, sentent que cette ville c’est moi, que ces rues sont mes bras ouverts pour accueillir les amis. L’enduit des murs, les volets, les escaliers…, je voudrais qu’ils soient la meilleure part de moi, les traits de mon visage et de mon esprit, les éléments fondamentaux de mon architecture et de l’histoire de ma vie. Qu’elle me ressemble, et que chacun, en y vivant, ait l’impression d’être à l’intérieur de moi. Maison comme moi… mon portrait en pierre“. Curzio Malaparte ressent donc le besoin de montrer au monde son vrai visage, sa personnalité. Il veut faire savoir à tous qui il est vraiment. Et pour cela, il décide de construire une maison “triste, dure, sévère”. Comme lui.

L’archi-italien, comme on l’appela après la publication d’un recueil de poèmes, lance son défi au monde de l’architecture et décide de créer “Maison comme moi”, un autoportrait “essentiel, nu, sans ornement”, et en même temps un refuge et un lieu qui lui rappelle sa période de relégation à Lipari. L’écrivain veut créer quelque chose qui fasse parler de lui.

Villa Malaparte à Capri, de 1938 à 1942

Entre 1938 et 1942, Curzio Malaparte, développant un projet de l’architecte Adalberto Libera, construit à Capo Massullo de Capri une splendide Villa Malaparte dont il revendiquera totalement la paternité. Dans “Maison comme moi”, il écrit : “Ici, aucune maison n’apparaissait. J’étais donc le premier à construire une maison dans cette nature. Et c’est avec une crainte respectueuse que je me suis attelé à la tâche, aidé non par des architectes ou des ingénieurs (sauf pour les questions juridiques, la forme légale), mais par un simple maître-maçon.” La Maison Malaparte est la seule maison rouge parmi les maisons blanches de l’île. Rouge comme les maisons des capitaines de port. La seule avec un toit-solarium terrasse et non voûté. La seule sans les traditionnels petits escaliers extérieurs.

La villa que le réalisateur Jean-Luc Godard choisit pour tourner une scène du film Le Mépris, semble véritablement être la projection de la personnalité de Malaparte. Ou du moins elle l’est pour l’écrivain, qui adressera toute sa correspondance en grandes lettres noires à “Maison comme moi”. Encore aujourd’hui, les habitants de Capri appellent ce coin sauvage et escarpé de l’île “chez Malaparte”. Simplement.

Maison comme moi” est une construction austère, élégante et moderne, qui semble émerger directement des roches, soutenue sur la terre par un escalier trapézoïdal à l’aspect précolombien, et qui s’allonge en direction opposée vers la mer. Le profil est élancé, décidé, essentiel. Les lignes sont pures et symétriques, les références classiques. Il n’y a “aucune petite colonne romane, aucun arc, aucun petit escalier extérieur, aucune fenêtre ogivale, aucun de ces mariages hybrides entre style mauresque, roman, gothique et sécessionniste, que certains allemands, il y a trente ou cinquante ans, apportèrent à Capri, polluant la pureté et la simplicité des maisons capriotes.”

Maison Malaparte à Capri, le style

La maison s’éloigne beaucoup du style traditionnel de l’île, et à première vue ressemble plus à une immense brique tombée sur la roche qu’à une habitation. Mais ensuite, à bien y regarder, la structure est en parfaite harmonie avec la nature qui l’entoure, et finit par sembler une élévation naturelle du promontoire.

La villa, qui représente une anticipation vigoureuse du rationalisme italien, déclenche immédiatement la réaction des architectes et historiens de l’architecture. Certains parlent d’”un produit rigide et en colère contre la nature”, d’autres “d’une épave restée sur la roche après le reflux des vagues”. Quelques-uns associent la maison à “un bateau archaïque et intemporel en équilibre entre architecture méditerranéenne et jeux d’abstraction”. D’autres enfin en parlent comme d’un objet en fusion parfaite avec le paysage.
La Maison Malaparte séduit parce qu’elle est la matérialisation de la personnalité d’un écrivain troublant et fascinant qui fait encore parler de lui. Parce qu’elle est le résultat de citations littéraires, de souvenirs politiques, de fragments de vie. Parce qu’elle est l’autobiographie d’un grand personnage, le lieu de ses souvenirs, le manifeste de son idéologie.

Les plus passionnés affirment que l’œuvre est trop personnelle pour avoir été conçue par l’esprit créatif d’un technicien. Tant et si bien qu’après plus de soixante ans, le débat entre les architectes est toujours vif et les questions persistent. La maison a-t-elle été réalisée entièrement par l’architecte Adalberto Libera, à qui l’écrivain aurait confié la conception de la villa ? Ou bien Malaparte a-t-il profondément modifié la structure durant la construction ? Et ensuite, pourquoi dans la liste de ses travaux, Libera ne mentionne-t-il jamais la construction d’une villa à Capri ?

Certains attribuent sans doute l’œuvre à Libera. D’autres soutiennent que la maison, telle qu’elle a été réalisée, est le fruit de l’unique esprit de Malaparte. Puis il y a ceux qui voient la villa comme l’union parfaite de deux grands esprits éclectiques. Entre-temps, après des années d’études et de recherches, l’hypothèse que Malaparte a progressivement modifié le projet initial de l’architecte, adaptant la planimétrie à ses exigences intellectuelles, devient de plus en plus crédible. Aidé par le maître-maçon Adolfo Amitrano de Capri, “le meilleur, le plus honnête, le plus intelligent, le plus probe, que j’aie jamais connu”. Mais revenons au début. En 1936, Curzio Malaparte est l’invité à Capri d’un ami, le médecin et écrivain suédois Axel Munthe. Après une promenade à Capo Massullo, il décide d’acheter le petit promontoire. Le propriétaire est un pêcheur, Antonio Vuotto, et pour le convaincre, l’écrivain lui racontera qu’il en a besoin pour installer un élevage de lapins. En 1938, Capo Massullo est à lui. Un rocher de 70 mètres de long sur 15 de large, inaccessible, à pic sur la baie verte et turquoise de Matromania, orienté sud-est vers la péninsule de Sorrente. Vers le sud, il donne sur les Faraglioni et sur le rocher Monacone. Autour, seulement la mer, la roche et la nature sauvage. Un lieu unique au monde.
“La maison existait déjà, c’est moi qui ai dessiné le paysage !” dira fièrement Malaparte au maréchal Rimmel, dans le livre “La Peau”.

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