Calvello : La Vierge du mont Saraceno, au cœur d’une tradition ancestrale ⋆ FullTravel.it

Calvello : La Vierge du mont Saraceno, au cœur d’une tradition ancestrale

Un millénaire d’histoire et de foi : ainsi s’exprime l’amour ancestral des habitants de la Basilicate envers la Mère de Dieu.

Madonna Monte Saraceno, Calvello - Potenza
Redazione FullTravel
5 Min Read

Pour la civilisation paysanne, la nature représentait le Chaos, qu’il fallait continuellement dompter grâce à l’intervention divine, par l’entremise des Saints et de la Vierge. Des figures qui soutenaient pour surmonter pénurie, misère, désespoir ou l’isolement dans les villages les plus reculés.

Par dévotion, les Lucaniens ont édifié sur les montagnes et dans les forêts de petites églises appelées sanctuaires. On en recense 82, répartis dans les coins les plus inaccessibles de la région, mais jamais loin d’une communauté. Dédiées en majeure partie à la Vierge, ces constructions entretiennent une foi solidement ancrée dans la culture et les traditions locales – une présence vivante et incontestable.
À Calvello, le village tout entier s’anime le deuxième dimanche de mai. C’est le rendez-vous de l’année : le jour où la Vierge est accompagnée en procession vers le sanctuaire du mont Saraceno.

La ferveur est totale. Une chaîne humaine gravit un sentier escarpé et glissant à travers bois, jusqu’à un éperon rocheux au pied du mont Volturino, à 1 320 mètres d’altitude : c’est là, au « sanctuaire de campagne », que la Vierge passe l’été. Petite église blanche aux murs nus, elle domine toute la vallée entre le mont de Viggiano et Caperrino. Édifiée par les bénédictins fondateurs de Calvello, elle se trouve près d’un ancien poste militaire lombard puis sarrasin, d’où le nom du lieu. « Reine du mont Saraceno, prie pour nous ! » : telle est l’invocation des fidèles arrivés jusqu’ici, adressée à la petite effigie de la Vierge, pleine d’intensité. La statue portée solennellement au sanctuaire n’est pas l’originale, mais une reconstitution de l’ancienne statue byzantine en bois de la vieille « Madonna de Plano », détruite en 1857 par le séisme ayant également frappé l’église paroissiale.

Les fragments récupérés ont été restaurés par un artiste napolitain, liés entre eux grâce à la technique de la cartapesta. Elle est conservée dans la « Caggia », urne emblématique de cette grande dévotion. Faite d’un bois très dur et massif, sculptée à la main par des artisans locaux, elle reproduit probablement un modèle bien plus ancien. La Caggia est le signe le plus immédiat : pour les habitants, elle représente la Vierge elle-même, leur fierté, leur richesse et le symbole marial connu depuis l’enfance. Depuis près d’un millénaire, elle est le point de repère sûr d’une foi profonde.

La statue de la Vierge du mont Saraceno fut couronnée le 9 septembre 1947, rassemblant des milliers de pèlerins venus de toute la région. Deux kilos d’or furent collectés pour fondre les couronnes ornant la tête de la Mère et de l’Enfant – deux superbes diadèmes sertis de pierres précieuses. Deux fois, en 1952 puis en 1981, ces couronnes furent volées. Deux fois, les habitants de Calvello ont rendu à la statue son symbole de royauté. Le jour de la procession vers le mont Saraceno, le rite religieux se renouvelle, associé à la fête populaire, au folklore et à la tradition de se rassembler autour d’une même croyance. À la veille de ce pèlerinage, le village allume les traditionnels “focanoi”, brasiers symboles de renouveau, de purification et d’obstacle idéalisé au passage de la Vierge.
Une compétition amicale existe pour porter la Caggia sur les épaules et, autrefois, on simulait une difficulté à franchir la rivière « Terra ».
On raconte aussi l’histoire d’un ermite ayant vécu dans une grotte près du sanctuaire. Croyances, traditions et rituels expriment une culture populaire qui continue d’émouvoir ceux qui rentrent à Calvello après de longues absences ou depuis des patries adoptives – rien ne remplace les saveurs, parfums et ambiances de la terre natale.

Le rite se répète les 8 et 9 septembre, lors du trajet retour du mont Saraceno à l’église paroissiale. La Caggia regagne alors le village pour passer l’hiver. Encore une procession joyeuse et ordonnée ; une halte s’impose au sanctuaire de la Potentissima, chapelle patronale du XVIIe siècle. Là, à mille mètres d’altitude, on se repose et on prie dans le charme d’une nature intacte. La fête se poursuit, célébrant couleurs, sons et rites anciens, dans une identité retrouvée.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *