Pendant l’occupation française de Bologne (1796-1816), plusieurs institutions littéraires et scientifiques voient le jour, certaines existent encore aujourd’hui : en 1802 l’Accademia di Belle Arti, en 1803 l’Orto Botanico et l’Orto Agrario, et en 1810 la Società Agraria.
Histoire de l’Arena del Sole
De nombreux couvents de Bologne furent fermés et les religieux expulsés. C’est dans ce contexte de mutations et de nouveaux usages urbains que naît l’Arena del Sole, édifiée sur une partie de l’ancien couvent de Santa Maria Maddalena, exproprié à l’Église, avec deux églises et deux cloîtres.
Du couvent originel subsistent aujourd’hui un seul cloître du XVe siècle, une partie du clocher et des fragments d’importantes fresques, transférées à la Pinacothèque en 1934. En 1799, Pietro Bonini, commerçant en cuirs, imagine une arène destinée à accueillir, pendant l’été, toutes sortes de spectacles en plein air dès l’après-midi et jusqu’au coucher du soleil, profitant de la lumière du jour.
Le projet est confié au professeur milanais Carlo Asparri qui, en 1810, réalise l’Arène « del Sole ». Par chance, une gravure de C. Savini datant de 1825 a survécu, illustrant la conception de l’Arena, dont tous les plans originaux ont disparu. Asparri enseignait l’architecture à l’Accademia di Belle Arti et avait étudié avec Filippo Antolini (auteur du Foro Bonaparte à Milan), source d’inspiration pour l’Arena. Celle-ci montre aussi des similitudes avec un projet de théâtre milanais de l’ingénieur Pistocchi.
La structure de l’Arena del Sole
L’arène était construite avec des gradins en demi-cercle, suivant les idées de Francesco Milizia, grand théoricien du néoclassicisme des Lumières. Pour Milizia, un espace de spectacle devait promouvoir l’égalité sociale et permettre à tous de profiter du spectacle de la même manière, sans loges de prestige ou balcons privilégiés : un retour à la simplicité des théâtres antiques. Cependant, l’Arena ne reproduisit pas exactement ces principes : la gravure de Savini révèle un plan en fer à cheval très élargi, et non hémicirculaire.
Le parterre de l’Arena del Sole
Le parterre était bordé de gradins ceinturés par un mur à imitation de bossage, surmonté d’une galerie décorée de fausses niches. Les décors furent peints par Luigi Cirri de Prato. À l’entrée, un vaste jardin accueillait les spectateurs.
L’inauguration de l’Arena eut lieu en juillet 1810 avec Corradino d’Este au tournoi ou le héros du Rubicon, pièce anonyme, jouée par la Compagnia Comica Zuccato. La capacité atteignait deux mille spectateurs, chiffre courant à l’époque où les salles étaient bondées jusque dans le moindre recoin.
Quelques années plus tôt, Napoléon Bonaparte avait transformé le secteur de la Montagnola en promenade élégante, à côté du marché. L’Arena devint du coup un lieu central et prisé, bientôt imité dans d’autres quartiers.
L’Arena est ainsi rapidement devenue le théâtre populaire par excellence : spectacles de prose, drames, bals costumés, numéros d’illusionnisme ou de jongleurs. En 1835, la troupe de Luigi Taddei fut la première à demander la pose d’un voile pour couvrir le parterre lors des représentations du soir. Entre 1887 et 1888, le théâtre ferme pour une première rénovation majeure, lors de la création de la via Indipendenza moderne. On choisit alors de créer la façade (unique structure du XIXe intacte à ce jour), conçue et réalisée par l’ingénieur Gaetano Rubbi en 1888, majestueuse à l’extérieur, mais d’un style intérieur plus sobre.
La façade de l’Arena del Sole
La façade est formée par un haut portique imposant, reposant sur trois grandes arcades et des colonnes jumelées à chapiteaux corinthiens. Un grand entablement unifie la structure et met en valeur l’inscription monumentale : “LUOGO DATO AGLI SPETTACOLI DIURNI” (« Lieu destiné aux spectacles diurnes »), qui, depuis l’extérieur, annonce fièrement la vocation du lieu, même si la programmation nocturne avait déjà commencé. Au-dessus, tel un fronton, un couronnement (fastigio) présente cinq statues de style académique : au centre, la figure ailée d’Apollon assise, flanquée à gauche de la Poésie et à droite de la Tragédie, œuvres du sculpteur Alfredo Neri.
En 1949, on dote le théâtre d’un toit ouvrant ; les gradins sont démolis pour permettre la transformation de l’Arena en théâtre et cinéma de soirée. En 1950, la salle rouvre au public avec la projection du film “Cavalcata di eroi” et reste surtout cinéma durant vingt ans. Dans les années 1970, l’architecte Cervellati imagina un projet de centre culturel avec salles de théâtre, cinéma, bibliothèque et espaces polyvalents, projet jugé alors trop ambitieux : l’Arena est donc restée un théâtre.
La commune de Bologne rachète l’Arena del Sole
En mai 1984, la Ville de Bologne rachète le bâtiment à l’Opera Pia Giovanni XXIII, lançant un vaste projet de restructuration pour offrir à la ville un théâtre de prose digne de ce nom. Les premiers travaux, entre août et décembre 1984, concernèrent la maçonnerie et les équipements scéniques, permettant la réouverture sous la direction artistique de Yuri Lubimov.
La deuxième phase démarre en juin 1986 et se termine deux ans plus tard, avec la restauration de la grande salle, du foyer et de la salle de répétition. C’est alors qu’est installée pour la première fois en Italie une plate-forme scénique en bois, modulaire et hydraulique, permettant de porter la scène de 13 à 25 mètres. Le cintre métallique pour les mouvements de décors surplombe aussi une partie du parterre. On construit des balcons latéraux, une première rangée circulaire de fauteuils, deux rangées de loges et une galerie sur gradins à cinq rangées, ainsi que tous les équipements et une petite salle de théâtre au sous-sol.
La troisième phase commence en 1991. À partir de cette date, toutes les installations, aménagements et structures annexes sont achevés : nouveaux planchers, toiture, niveaux, installations et murs coupe-feu. La scène dispose de deux grands loges, huit loges moyennes et un espace collectif pour environ quinze acteurs. En supprimant un mur de scène, on obtient une fosse d’orchestre pour soixante-dix musiciens. Au-dessus de la scène, des lanterneaux à ouverture automatique par la chaleur. La grande salle accueille 952 spectateurs ; la petite, entre 220 et 300. Le traitement acoustique a été confié à G. Righini et R. Spagnolo de l’Istituto Galileo Ferraris de Turin.
L’Arena del Sole aujourd’hui
Le théâtre, la scène et la petite salle sont équipés de chauffage à air pulsé. À l’intérieur se trouvent : une billetterie, trois vestiaires, les bureaux de la direction, deux cafétérias, quatre salles pour les petits événements et des espaces d’exposition dans les couloirs. Aujourd’hui l’Arena est un organisme théâtral flexible, adapté aux exigences du spectacle contemporain. L’architecte en charge de la rénovation, Gianfranco Dellerba, s’est inspiré du théâtre Renaissance de Sabbioneta et du Farnese de Parme pour la structure en « U » à gradins.
L’ingénieur Felice Monaco du service technique municipal a supervisé les travaux. L’architecte Emilio Battisti a conçu l’aménagement intérieur, privilégiant des matériaux comme le bois massif, le velours vert d’eau, le verre et le fer, sans recherche de luxe excessif. Au sud, une grande baie vitrée s’ouvre sur le cloître du XVe ; le théâtre dispose aussi d’une cour intérieure et, au nord, d’un autre patio sur via San Giuseppe.
Le théâtre de l’Arena del Sole
Le théâtre Arena del Sole a été inauguré le 20 février 1995 par une grande soirée festive rassemblant de nombreuses personnalités. La soirée dédiée à Bologne a vu Dario Fo jouer « Il tumulto di Bologna » ainsi que les chanteurs Francesco Guccini, Luca Carboni, Andrea Mingardi, Stadio, Jimmy Villotti et Steve Grossman. Aujourd’hui, le théâtre propose une programmation axée sur le théâtre et la danse.
(informations par Caterina Spada)

