Sorrento, ville mystique et attachant

Les voyageurs à la recherche d'émotions sillonnent habituellement les horizons inconnus, de préférence exotiques.

Les voyageurs à la recherche d’émotions sillonnent habituellement les horizons inconnus, de préférence exotiques. Pourtant, il n’est pas si difficile de découvrir des mondes cachés, extraordinaires et parfois magiques, sans s’éloigner de nos contrées. Ainsi en va-t-il de la péninsule Sorrentine, vingt kilomètres de coteaux et de montagnes en équilibre sur les baies de Naples et de Salerne glissant dans les flots de la mer Tyrrhénienne. Un territoire semé de villages et de cascine, qui se termine à la pointe de la Campanella, face aux falaises de l’île de Capri. Le passage était bien connu des pirates turcs et sarrasins qui, en 1558, après le pillage de Sorrento, jetèrent à la mer leur butin à cause d’une tempête. Parmi l’or et les joyaux dont ils se débarrassèrent, se trouvaient les cloches arrachées à l’église de San Antonino de Sorrento. La légende dit que, dès lors, les pêcheurs de la péninsule entendent le son provenant de l’abysse pendant les bourrasques.
Généralement, les touristes visitent les monuments et les musées de Sorrente, et parcourent les vieux quartiers pour prendre contact avec la vie du peuple. La région reste pourtant méconnue. Elle est faite de terrassements et de jardins, d’orangeraies et de citronniers, de vignobles et de noyers, où le vert des oliviers et le rouge des roses et des géraniums se mêlent avec le bleu du ciel. L’air, parfumé d’agrumes, de sel de mer et de jasmin, et la lumière, claire et transparente, en font un lieu délicieux pour qui vient du Nord.
Mystère et mystique
Le rituel qui se déroule pendant les jours de Pâques est empreint de mystère et rappelle les histoires de sorcières qui circulent de bouche-à-oreille. La nuit du jeudi au Vendredi saint, les congrégations religieuses défilent en procession par les rues des villages. Il s’agit d’une ténébreuse et profonde liturgie aux lointaines racines hispaniques, où l’intense odeur d’encens, la tremblotante clarté des lanternes et des flambeaux mêlées à la nuit froide et humide marquant la fin de l’hiver, nous font vivre une atmosphère sombre et mystique, difficile à oublier. En silence, les confrères, encapuchonnés de noir et blanc, rouge ou violet selon leur ordre d’appartenance, portent les «martyres», symboles de la passion de Jésus. Le cortège se dénoue par les rues et les ruelles, par les chemins et les sentiers, le long d’un parcours éclairé par de faibles flambeaux. Seul le chant grégorien Miserere mei interrompt de temps en temps le rigoureux silence et rythme le pas lent de la procession. Tous les participants, religieux ou non, sont impliqués dans l’acte pénitentiel et le rite, très complexe, est parfois inquiétant. C’est l’événement le plus fascinant de la région.
Sorrente la gentille, «la ville d’une paix infinie», selon Tolstoï, la «capitale du monde» comme l’appelait Richard Wagner, est une petite ville fascinante bâtie sur un vert plateau et perchée sur une falaise, à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son nom est lié au mythe des Sirènes, qui, avec leur chant, ensorcelaient les navigateurs en leur faisant perdre la route. Seul Ulysse et ses compagnons fuirent le danger, lui lié au mât, et son équipage, les oreilles bouchées avec de la cire. Les Sirènes, humiliées, furent transformées en récifs, les îles Li Galli, situées juste face à Positano, sur la célèbre corniche Amalfitaine.
L’actuel plan urbanistique de Sorrente laisse entrevoir l’ancien tracé orthogonal grec et romain dont les anciennes portes d’accès au centre sont encore bien visibles. Les églises et les maisons, collées les unes aux autres, forment une séquence de néoclassicisme éclectique et d’architecture moderne. Elles alternent parfois avec des immeubles sans aucune allure et bâtis, sans aucun doute, de manière abusive. L’ancien decumanus maximus est remplacé aujourd’hui par la via S.Cesareo et la via Fuono. Ces rues grouillent de petites boutiques bariolées, de magasins de marqueterie et de boîtes à musique, de bijoux en corail et de chaussures. Tout au fond, il y a la via del Mare qui s’achève sur le minuscule quai des pêcheurs de Marina Grande. Au mouillage, les petits gozzi polychromes en bois, conçus pour naviguer dans la «mer croisée» de la baie de Sorrento. Friedrich Nietzsche faillit s’y noyer, trop séduit qu’il était par le bleu de la mer.
C’est à Sorrento que naquit, en 1544, Torquato Tasso, l’auteur de la Jérusalem délivrée, et de nombreux autres personnages célèbres y ont séjourné. Tous se sont épris du lieu: Lord Byron, Stendhal, Enrico Caruso, Lénine et Gorki , Alexandre Dumas, Alphonse de Lamartine. Tous aussi fascinés par la mer, la campagne et la végétation d’une vigueur prodigieuse, grâce à l’extraordinaire fertilité de la terre volcanique.
Ou alors, ils ont, sans aucun doute, dû être ensorcelés par le chant d’une belle sirène séductrice.

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